« Octobre Rose est une campagne annuelle mondiale de communication destinée à sensibiliser les femmes au dépistage du cancer du sein et à récolter des fonds pour la recherche ». Ça, c’est la définition officielle, celle que l’on trouve sur Wikipédia et qu’on nous bassine tous les jours du mois d’octobre. Sauf que derrière cette opération de « sensibilisation » pleine de bons sentiments, se cache une réalité bien plus sinistre…
Une origine plutôt vert dollars que rose genrée
Bien sûr, dans un système patriarcal, le rose est un incontournable quand il s’agit des femmes. Tout comme le bleu pour la campagne spécifique aux cancers de la prostate du mois de novembre. Des années de militantisme féministe pour continuer à voir des rubans roses accrochés partout. Rien que ça, ça a tendance à faire grincer des dents. Et quand on gratte sous cette couche de vernis rose bonbon, c’est plutôt de la colère qui émerge. Une sacrée colère même…
Derrière Octobre Rose se cache avant tout une campagne commerciale. Son origine remonte au milieu des années 1980 aux États-Unis sous l’impulsion de l’American Cancer Society et de l’entreprise pharmaceutique Imperial Chemical Industries (ICI). Son objectif ? Promouvoir le dépistage par mammographie.
Sauf que la démarche de l’entreprise était loin d’être philanthropique. C’est elle qui a inventé le tamoxifène, un traitement contre le cancer du sein largement utilisé aujourd’hui. Son but étant avant tout d’élargir son marché. Un marché d’ailleurs très diversifié puisque l’entreprise fabrique aussi des produits chimiques, des explosifs, des fertilisants, des insecticides, des produits de teinture, des métaux non ferreux et des peintures.
Aujourd’hui, Imperial Chemical Industries a été rachetée par un autre mastodonte pour former AstraZeneca. Oui, oui, les mêmes qui produisent le Zoladex qui ne sera bientôt plus remboursé. Nous y reviendrons plus loin.
Mais ce n’est pas tout. En novembre 2000, AstraZeneca fusionne sa division agrochimique avec celle de la société suisse Novartis pour former officiellement Syngenta. Un géant mondial des pesticides dont certains sont connus pour leur toxicité : paraquat, thiamethoxam, chlorothalonil, atrazine, diquat.
Le problème est là. D’un côté, on affiche des rubans roses et on organise des collectes de fonds. De l’autre, on produit et commercialise des substances dont les effets sur la santé humaine et les écosystèmes sont avérés. Le tout avec l’aval de l’État et de l’Union européenne qui ré-autorisent les pesticides interdits avec la loi d’urgence agricole et le projet de loi Omnibus X qui prévoit notamment d’assouplir les procédures d’autorisation des pesticides.
Pourquoi tant de cancer ?

La France est championne du monde pour le cancer du sein. Pas au niveau de la recherche. Non… En nombre de malades. Voici quelques chiffres édifiants :
- 1 million de femmes touchées, ou presque, dans le pays.
- 61 000 nouvelles malades par an.
- 12 700 décès par an : le cancer le plus mortel chez les femmes.
- +63 % de femmes diagnostiquées à 30 ans depuis 1990 (+33 % à 40 ans).
Si les principaux facteurs de risque des cancers en France (tous cancers confondus) sont le tabac et l’alcool, il est pourtant essentiel de ne pas négliger la question des pesticides quand on parle du cancer du sein. Pour cause : 578 pesticides ont été retrouvés dans plus de 1 000 tumeurs, avec 4 PFAS et 30 métaux.
Pourtant, le gouvernement et les instituts tels que l’Inca (Institut national du cancer) continuent d’accuser notre mode de vie : vous mangez trop gras, trop sucré, trop salé, vous fumez trop, vous ne faites pas assez de sport… C’est très pratique et ça permet surtout de cacher sa propre responsabilité.
Alors, si effectivement une bonne hygiène de vie évite d’ajouter des couches à l’empoisonnement que nous subissons au quotidien, il est temps de pointer du doigt la responsabilité de l’État et sa soumission aux lobbies de l’agro-industrie.
En 2021, une étude menée par des équipes de recherche françaises a notamment révélé que certains mélanges de pesticides augmenteraient le risque de cancer du sein après la ménopause. Toujours en 2021, un rapport de Santé Publique France énumère 30 effets sanitaires suspectés d’être liés à une exposition aux perturbateurs endocriniens (dont les pesticides, les PFAS, les Bisphénol etc.). On y trouve l’endométriose, les cancers pédiatriques, les cancers du sein, de la prostate, du pancréas et autres cancers, le diabète, les maladies cardio-vasculaires les Troubles du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité, les troubles dys, les maladies auto-immunes, l’asthme…
Dans un monde idéal où l’État privilégierait la protection des citoyen.nes plutôt que les profits industriels, de tels résultats imposeraient l’application immédiate du principe de précaution.
Que nenni… En France, le gouvernement a au contraire fait passer en force la loi d’urgence agricole, dite loi Duplomb 2. À cela s’ajoutent les dérogations et les assouplissements réglementaires qui permettent de maintenir ou de réintroduire certaines substances controversées. Sans oublier les pesticides interdits que l’on retrouve encore dans certaines exploitations agricoles et “l’effet cocktail” souvent absent des études gouvernementales et ignoré par la réglementation sur les pesticides.
En clair, on demande aux femmes de se faire dépister, de surveiller leur alimentation et leur hygiène de vie. Mais par contre, on ne doit surtout pas demander de comptes à ceux qui fabriquent, vendent ou autorisent les substances auxquelles elles sont exposées…
| L’info en plus |
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| En mars 2026, l’ANSES a lâché une bombe : 47.6 % des adultes français présentent une contamination au cadmium supérieure aux valeurs toxicologiques de référence. Le cadmium est un métal lourd, cancérigène, mutagène et toxique pour la reproduction, que l’on retrouve dans les sols imprégnés d’engrais phosphatés. La France a longtemps bénéficié d’une dérogation nationale autorisant jusqu’à 90 mg de cadmium par kilo d’anhydride phosphorique, bien au-delà de la norme européenne fixée à 60 mg/kg. Le 6 octobre 2026, le gouvernement a officiellement acté l’abaissement progressif du seuil de cadmium à 60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2028, puis à 20 mg/kg en 2030. La réaction de la Coordination Rurale et des associations spécialisées de grandes cultures de la FNSEA ne s’est pas fait attendre. Les deux syndicats dénoncent une augmentation des coûts et comptent bien s’opposer catégoriquement aux restrictions gouvernementales. La santé des citoyen·nes passant encore une fois après leurs intérêts économiques. Le bras de fer commence à peine. Connaissant les méthodes des deux syndicats et leur influence sur les décisions gouvernementales, nous risquons d’assister à un renoncement. Affaire à suivre… |
Où va l’argent d’Octobre Rose ?
Mais finalement, si on occulte l’origine d’Octobre Rose, le principal n’est-il pas de sensibiliser et de récolter des fonds pour la recherche ? Oui, bien sûr. Sauf qu’encore une fois, il y a un mais…
Chaque année, Octobre Rose transforme le cancer du sein en une gigantesque campagne de communication. On assiste à une forme de Pinkwashing. Entre les baskets roses, les biscuits roses, les t-shirts roses, les opérations commerciales roses… Ce marketing devient insupportable quand on sait que l’argent public est utilisé à mauvais escient.
En janvier 2026, la Cour des comptes a publié un rapport accablant sur la prévention et la prise en charge du cancer du sein en France. Derrière les discours officiels sur la prévention et les progrès de la médecine, l’institution pointe de nombreuses lacunes et inégalités :
- Le reste à charge après intervention de l’Assurance maladie s’élève en moyenne à 1 549 euros. S’il peut être remboursé en partie ou en totalité par la complémentaire santé, encore faut-il avoir les moyens de s’en offrir une. Conséquence : faute de moyens, les plus démunies renoncent à se soigner.
- L’accès au dépistage dépend encore largement du lieu de résidence. Dans certains départements, on compte un·e radiologue pour 10 000 femmes. Sans oublier la distance à parcourir. Dans les zones rurales ou périurbaines, près de 10 % des femmes vivent à plus de 25 minutes d’un centre de dépistage.
- Si les délais sont plus courts en secteur libéral, les dépassements d’honoraires accentuent les inégalités. Seul·es les plus aisé·es peuvent se permettre une telle dépense supplémentaire.
| Le saviez-vous ? |
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| Seulement 2,9 % des études sur les cancers professionnels portent sur le corps des femmes. Pendant des décennies, la recherche médicale a davantage étudié le corps masculin, considéré comme une sorte de modèle universel. Résultat : certaines spécificités féminines sont moins bien documentées, notamment lorsqu’il s’agit de cancers liés à l’environnement professionnel. |
En France, ce sont les labos pharmaceutiques qui décident
Utilisé depuis plus de 30 ans dans le traitement de certains cancers du sein et de la prostate, le Zoladex ne sera plus remboursé à partir du 15 décembre, et c’est AstraZeneca, le laboratoire qui le fabrique, qui l’a demandé. Ce dernier invoque un contexte économique qui ne permettrait plus d’assurer durablement la commercialisation du médicament dans les conditions actuelles.
Traduction : le prix fixé par le système de remboursement français n’est pas rentable.
Malgré une autorisation toujours valide et une efficacité prouvée, c’est encore une fois le marché qui décide. Car s’il n’est plus remboursé, le médicament reste disponible. Mais à des prix qui risquent d’exploser puisqu’il ne fait plus partie des tarifs encadrés par l’Assurance maladie.
Lorsque l’accès aux soins dépend des revenus, une question se pose : le service public remplit-il encore ses fonctions ? L’exemple du Zoladex ne doit pas être pris à la légère. Il révèle une faille grave dans notre système de santé. Face à la loi du marché, la France est incapable de garantir un accès aux soins universel.
| Si l’impact économique de la maladie est immense pour toutes et tous, les femmes sont beaucoup plus touchées que les hommes : * Une femme sur trois perd son emploi dans les deux années suivant l’annonce de son cancer du sein. * D’après la Ligue contre le cancer, la moitié des femmes touchées par un cancer du sein en couple avec un homme se retrouvent seules dans les mois qui suivent l’annonce de la maladie. |
Rebaptiser Octobre Rose en Octobre colère
Il y a quelques jours de cela, on m’a demandé : « Mais pourquoi Cancer Colère ? Pourquoi utiliser le terme colère qui envoie des énergies négatives. Pourquoi ne pas utiliser Cancer Guérit plutôt. C’est plus positif et ça rebute moins les gens ».
Tout simplement, parce que les raisons de la colère sont immenses et surtout tellement légitimes. Il faut arrêter les compromis, les « débats » avec un gouvernement qui ne débat plus depuis longtemps.
Prenons l’exemple de la pétition contre la loi Duplomb. Elle a récolté plus de 2 millions de signatures. Jamais aucune pétition n’avait réussi à mobiliser autant de monde. Pour quel résultat ? Aucun. Encore une fois, le gouvernement a balayé d’un revers de la main la parole citoyenne pour nous imposer une nouvelle version de la loi Duplomb avec la loi d’urgence agricole qui réintroduit l’acétamipride, un neurotoxique retrouvé dans l’urine de nouveau-nés.
Nous assistons à un basculement vers une politique néofasciste avec un système capitaliste qui va tout mettre en œuvre pour conserver son pouvoir.
C’est pour contrer cette violence du capitalisme que le collectif Cancer Colère revendique justement cette colère comme un outil politique. Il ne s’agit pas seulement de parler de dépistage et de traitements, mais aussi des causes environnementales et de la puissance des industriels et de leur influence sur les politiques publiques.

Le collectif a ainsi fait de la lutte contre les pesticides l’un de ses principaux combats. Dans de nombreux départements, des collectifs Cancer Colère voient le jour.
En Charente-Maritime, un collectif Cancer Colère 17, a été créé à Saintes à la suite de la conférence de Fleur Breteau à La Boussole Saintaise. Pour en savoir plus et/ou rejoindre le collectif, envoyez un mail à cancercolere17@proton.me.
| Le saviez-vous ? |
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| Le dépistage ne concerne pas que les femmes. Les hommes aussi sont concernés par le cancer du sein, même s’il est considéré comme une maladie rare (moins de 1 % de tous les cancers du sein). Les hommes transgenres (assignés femmes à la naissance) peuvent également développer un cancer du sein, même après une mastectomie. |
La cancérologie en Charente-Maritime : un constat alarmant face au nombre de cancers
Pour les femmes atteintes d’un cancer du sein, la prise en charge ne se limite pas aux traitements : elle suppose aussi de pouvoir rencontrer les spécialistes. Sauf, qu’en Charente-Maritime, les services d’oncologie souffrent d’un sous-effectif chronique.
À Saintes et Royan, au mois de juin 2025, il n’y avait plus que deux médecins au service d’oncologie. Depuis 18 mois, seuls trois titulaires officient. Si des médecins remplaçants et des médecins étrangers compétents prennent le relai, leur parcours de formation complexe rend difficile la continuité des soins.
Les équipes fonctionnent sous forte tension, frôlant l’épuisement professionnel. On envoie les patient·es vers Bordeaux ou Poitiers faute d’oncologue disponible. Ce qui entraîne parfois une prise en charge en secteur privé, avec des dépassements d’honoraires supplémentaires pour les patient·es.
Sauf que le département est particulièrement touché par les cancers. En moyenne, 640 femmes sont touchées par un cancer du sein chaque année. Rien que dans le secteur de La Rochelle, on compte plusieurs foyers de cancers pédiatriques, un cluster de cancers du poumon (+27% entre 2008 et 2019).
Mais là encore, entre un département qui figure parmi les plus gros acheteurs de glyphosate et les quartiers rochelais qui abritent une multitude d’activités industrielles ultra-toxiques, aucune analyse fine n’a été menée.
La collectivité préfère s’en tenir à une analyse qui se concentre uniquement sur le “comment”, sans chercher à expliquer le “pourquoi” et qui pointe les comportements individuels. Quid des pesticides, des particules fines, des rejets d’hydrogène sulfuré, un gaz mortel, dans le réseau d’assainissement. Rien. C’est le silence total ou plutôt le silence complice…





