L’infantisme ou l’oppression des adultes sur les enfants, tout un système !

Infantisme

Le 15 novembre 2025 le collectif Enfantiste 17 appelait à une manifestation sur le Vieux Port de la Rochelle. Cet appel s’inscrivait dans un mouvement national visant à alerter sur les violences physiques, psychologiques et institutionnelles subies par les enfants et les jeunes. Le collectif invitait les parents, enseignant·es, associations et citoyen·nes à se rassembler pour défendre les droits des plus jeunes et exiger une meilleure protection de l’enfance. Cette mobilisation rappelle l’urgence de nommer l’infantisme : un système de domination qui banalise les violences faites aux enfants et invisibilise leurs droits et leur parole.

L’infantisme : l’oppression des adultes sur les enfants

La pédopsychiatre et sociologue Laelia Benoit définit l’infantisme comme « un ensemble de préjugés systématiques, de stéréotypes, envers les enfants et les adolescent·es ».

Ce terme permet, au même titre que le sexisme ou le racisme, de nommer les oppressions pour mieux les combattre. Le terme « adultisme » est également utilisé, il décrit les mêmes mécanismes mais en se focalisant sur celles et ceux qui exercent le pouvoir sur les plus jeunes.

Si les violences (châtiments corporels, harcèlement sexuel, viol, inceste) sont les manifestations les plus évidentes de cette domination, elles ne la résument pas. Elles sont l’aboutissement d’un continuum de comportements et d’attitudes méprisantes et dénigrantes envers les mineur·es, qui se retrouvent encore dans les modes d’éducation répressifs.

Iceberg des violences faites aux enfants

L’asymétrie adultes/enfants est partout

L’espace public n’est pas conçu pour permettre une circulation des enfants seul·es ni dans la ville ni dans les milieux ruraux privés de pistes cyclables sûres ou de transports en communs. Les adultes conçoivent les espaces sans prendre en compte les besoins et les usages des plus jeunes et sans jamais les consulter.

L’infantisme dans l’espace scolaire

Dans l’espace scolaire, les élèves sont sous contrôle permanent des adultes. Les corps, les rythmes et les tenues sont soumis à des règles strictes. À la sonnerie, sans faire de bruit, en se rangeant, habillé·es de manière « décente », pas affalé·es… Des règles imaginées pour permettre la gestion de groupes d’élèves. Leur respect est le plus souvent obtenu grâce à des sanctions plutôt que par de la responsabilisation.

Pourtant, nous pourrions attendre de l’Éducation Nationale qu’elle garantisse aux enfants leur capacité d’agir, qu’elle n’entretienne pas leur situation de dépendance et qu’elle leur permette de devenir des personnes conscientes de leurs responsabilités et de leurs droits. Malheureusement, la réalité est toute autre…

Concernant les violences intra-familiales, les trois heures annuelles d’éducation à la sexualité qui sont dûes aux élèves ne sont que rarement dispensées faute de moyens mis à disposition. Elles permettent pourtant aux mineur·es de sortir de l’ignorance sur les questions de respect de sa personne, de sa sexualité et de celles des autres.

Par ailleurs aucun protocole de mise à l’abri, de recueil de la parole des mineur·es, destinés aux adultes n’est mis en place dans les établissements scolaires. Et aucun recrutement de personnel formé (psychologue, personnel médical, juriste …) capable de protéger les élèves victimes et d’accompagner les personnels n’est envisagé par le gouvernement.

L’infantisme dans la sphère familiale

Les enfants et les adolescent·es sont massivement victimes de violences : infanticides, viols, inceste, maltraitances physiques, violences psychologiques… 

Les maltraitances concernent les enfants de tous les groupes sociaux. Selon l’étude IPSOS 2020, au moins 10 % des enfants sont victimes de violences sexuelles dans leur famille. Environ 400 000 enfants sont co-victimes de violences conjugales. Tous les cinq jours, un·e enfant est tué·e par l’un de ses parents. Ce chiffre étant probablement sous-estimé, car il n’existe pas de recensement précis, ce qui dit déjà quelque chose de la considération de notre société pour le sujet.

L’affaire Bétharram : une illustration de l’état de notre système français.

À la suite des plaintes déposées dans l’affaire Bétharram, une commission d’enquête parlementaire a été ouverte en mars 2025. On lit dans Médiapart : “ Dans leurs conclusions, les corapporteurs – le député La France insoumise Paul Vannier et la députée macroniste Violette Spillebout – dénoncent les mécanismes qui permettent la persistance des violences. Ils décortiquent les responsabilités et les mécanismes du déni, le vase clos de l’enseignement catholique privé, et l’État qui laisse faire […].

Cette commission d’enquête a dénombré 80 collectifs de victimes et 260 établissements concernés partout en France, avec des violences physiques et/ou sexuelles qui se sont parfois produites pendant des décennies, et des victimes qui se sont signalées jusqu’au dernier moment à la commission. »

Malgré l’ampleur du phénomène, F. Bayrou a été nommé, puis maintenu au poste de premier ministre. Alors ministre de l’Éducation jusqu’en mai 1997, devenu de nouveau député et président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques, il n’a pas déclenché de procédure pénale pour signaler à la justice des faits dont il aurait eu connaissance avant elle. 

Le gouvernement aurait dû décider que l’argent public ne peut pas servir à financer ces établissements privés maltraitants, et aurait dû tout simplement les fermer. 

Ce jeudi 26 février 2026, la proposition de loi  visant à prévenir et à lutter contre les violences en milieu scolaire a été refusée par la Conférence des présidents de l’Assemblée nationale, instance chargée de fixer les ordres du jour de l’Assemblée nationale. Elle ne sera donc pas examinée ni débattue par les députés. Cette loi avait été proposée le 28 janvier 2026 par les députés Violette Spillebout et Paul Vannier. Ce texte faisait suite à leurs travaux parlementaires après le scandale de l’affaire Bétharram. 142 députés de 9 groupes politiques différents l’avaient cosigné.

Sous le poids de l’infantisme : une société qui catégorise ses enfants

La catégorie sociale « enfant » place systématiquement la jeune personne dans une situation de vulnérabilité, mais tous les enfants ne sont pas traités de la même manière : les inégalités se construisent aussi selon la classe sociale, la racialisation, le genre, l’orientation sexuelle ou la validité … certains étant considérés comme encore moins dignes d’être protégés.

Enfants trans, enfants intersexes

Notre système se montre particulièrement rétrograde et violent envers les jeunes personnes LGBT. Dans son livre « Protéger nos enfants », Gabrielle Richard rappelle que l’accès à la transition de genre est souvent refusé aux jeunes au nom de leur supposée incapacité à savoir, choisir et décider. Incapacité que l’on attribue à un manque de maturité lié à leur âge. 

De même, le corps médical impose dans le secret des maternités un sexe à des nourrissons nés intersexes. Dans les deux cas, c’est non seulement la possibilité d’autodétermination des mineur·es qui est ainsi bafouée, mais aussi leur droit à être protégé·es du pouvoir de leurs parents et des institutions médicales.

Enfants non blanc·ches

Quant aux enfants non blanc·hes, ils et elles sont couramment perçu·es comme étant plus agé·es, moins innocent·es et souvent plus menaçant·es que les enfants blanc·hes du même âge. Fatima Ouassak, autrice de « La puissance des mères », parle de désinfantilisation : c’est le processus par lequel les jeunes des quartiers populaires descendant·es de l’immigration postcoloniale sont considéré·es comme des menaces potentielles à l’ordre dominant, en dépit de leur jeune âge. 

Enfants migrant·es

Les mineur·es étranger·es isolé·es sont, eux et elles, constamment soupçonné·es de mentir sur leur âge, leur trajectoire ou leur projet. Non seulement, ils et elles ne sont pas mis·es à l’abri, mais ils et elles doivent survivre dans des conditions souvent inhumaines.

La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) , traité international a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989. Ceci étant, les institutions françaises devraient avoir pour objectif d’assurer les droits fondamentaux de tous les enfants vivant sur le territoire français. Le gouvernement ne se montre pas à la hauteur de ces enjeux

Au lieu de cela, le premier ministre Gabriel Attal a proposé une loi (promulguée en juin 2025) visant à renforcer l’autorité de la justice à l’égard des mineurs délinquants et de leurs parents. Il y est question de ne plus appliquer d’atténuation des peines, sauf décision motivée du juge, pour des mineur·es âgé·es de 16 ans et plus.

Enfants de l’ASE

Les droits des enfants placé·es dans le cadre de l’Aide Sociale à l’Enfance ne sont pas respectés. L’ASE, régie par les départements est parfois accusée de mettre elle-même en danger les enfants placé·es sous sa responsabilité. Une série de drames ont été révélés ces dernières années dans la presse, notamment le suicide de Lily, une adolescente de 15 ans placée dans un hôtel.

Ceux-ci ont mis en lumière un profond dysfonctionnement de ce dispositif, dès lors une commission d’enquête a été créée en 2025. Le rapport de cette commission publié en avril 2025 fait état de manquements des politiques publiques de protection de l’enfance et appelle à agir pour y remédier. Il parle d’un « système qui craque de toutes parts », d’un pilotage déficient, des lacunes dans le repérage et la prévention, d’une prise en charge inadaptée, d’une crise d’attractivité des métiers de la protection de l’enfance.

Le rapport pointe des gestions disparates dans les départements et surtout l’absence de pilotage au niveau national. La protection de l’enfance « qui hier était à bout de souffle » est « aujourd’hui dans le gouffre », alerte le rapport.

Les députés rappellent également que :

  • L’État contribue « à hauteur de 3% seulement du financement des 10 milliards d’euros dépensés pour la protection de l’enfance chaque année« .
  • Depuis 2017, il n’y a eu aucun ministre de plein exercice chargé de l’Enfance.

Enfants pauvres

On peut dénoncer aussi le traitement des élèves envoyé·es en stage, qui se retrouvent souvent dans des situations où le droit du travail n’est pas respecté, exposé·es à des risques professionnels mal évalués et face auxquels ils ou elles ne sont pas formé·es. Rappelons qu’en 2018, l’inspection de l’apprentissage a été supprimée. Les visites de contrôle sont désormais confiées à l’inspection du travail, déjà débordée.

  • Tout récemment, le 17 avril 2026, un lycéen de 15 ans meurt, écrasé, après avoir été éjecté d’un chariot élévateur, pendant son stage d’observation
  • Le 4 juillet 2025, un stagiaire en milieu agricole âgé de 16 ans est mortellement entraîné au fond d’une mare par un engin agricole à Vivy (Maine-et-Loire).
  • Mardi 17 juin 2025, un élève de seconde générale du lycée polyvalent Curie-Corot de Saint-Lô, dans la Manche, est mort sur le lieu de son stage d’observation
  • Avant cette perte tragique, un autre mineur, inscrit en bac pro et âgé de 17 ans, a lui aussi trouvé la mort en ‘séquence observation’ le 18 mai 2025. 
  • Fin avril 2025, c’est un apprenti de 15 ans qui meurt percuté par un engin de chantier à Saint-Martin-du-Var, dans les Alpes-Maritimes.

Et cette liste n’est pas exhaustive.

Ce sont les jeunes issu·es des classes les plus défavorisées qui sont les premier·es touché·es, à cause de la ségrégation sociale que les réformes gouvernementales installent.

Enfants handicapé·es

Le collectif Les Dévalideuses  rappelle que chaque année des milliers d’enfants handicapé·es n’ont pas accès à l’école, faute de « solutions adaptées ». Officiellement, on estime qu’ils sont environ 3 500 laissé·es sur le bord de la route. Mais d’après un rapport de 2015 du Conseil de l’Europe, ils seraient plutôt 20 000.

Selon la loi du 11 février 2005, les parents ont l’obligation d’assurer l’instruction à leur enfant de 3 à 16 ans, et l’État est dans l’obligation d’accueillir tout enfant dès cet âge dans une école maternelle ou une classe enfantine, dès lors que la famille en fait la demande. En dépit de ce droit fondamental sans cesse réaffirmé par la législation, comme en 2019 avec la loi pour une école de la confiance, l’accès à l’éducation reste une véritable bataille pour les familles concernées.

Lutter contre l’infantisme

Le concept de “hauteur d’enfant” s’aligne directement avec la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Il s’agit d’une manière de reconnaître pleinement l’enfant comme un être humain à part entière, avec ses propres besoins, droits et aspirations. Ce principe invite à changer notre regard sur l’éducation et à construire une relation basée sur la confiance, l’écoute et le respect mutuel.

Tal Piterbraut-Merx qui était chercheuse en philosophie politique, écrivain et militant, appelle à rester fidèles aux enfants que nous étions en nous remémorant collectivement nos enfances pour combattre la domination oubliée. Suite à son suicide, un collectif d’ami·es a établi l’ouvrage « La Domination oubliée – politiser les rapports adulte-enfant » à partir du manuscrit inachevé de sa thèse.

Nous devons réaffirmer la nécessité d’un investissement massif dans la protection de l’enfance, dans la santé mentale et dans une école publique, gratuite, de qualité, inclusive adaptée pour toutes et tous. Et nous engager dans la lutte contre toutes les violences systémiques qui discriminent et bafouent les droits des enfants : validisme, psychophobie, sexisme, racisme, LGBTQIA+ phobies …

Ressources et informations supplémentaires sur l’infantisme

Trouver de l’aide

Appel à témoignages

À suivre sur les réseaux

  • Collectif Enfantiste
  • Queereducation
  • Les Dévalideuses 

À écouter

Les livres sur l’infantisme

  • Infantisme de Laelia Benoit.
  • Enfantisme de Claire Bourdille.
  • Protéger nos enfants de Gabrielle Richard.
  • La puissance des mères de Fatima Ouassak cofondatrice du collectif Front de mères, syndicat de parents d’élèves.