Comme partout en France, la prison de Saintes bat des records d’incarcération. Une situation inhumaine et explosive où sont mélangés des condamné·es et des prévenu·es dans l’attente de leur jugement, et donc présumé·es innocent·es. Pourtant, l’État français persiste et poursuit sa frénésie punitive. Darmanin, ministre de la Justice ultra-répressif s’enfonce dans une surenchère contre-productive et sans fondement pour séduire un électorat assoiffé d’autoritarisme. Le garde des Sceaux fait de la démagogie, au détriment du droit et de l’humanité. Une véritable honte pour la république, dont La Guillotine Saintaise se fait l’écho !
Une surpopulation carcérale inquiétante à la prison de Saintes
Dans son dernier rapport, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) alerte sur les conséquences désastreuses de la surpopulation carcérale. Au 1er juillet 2025, la France comptait 62 509 places pour 84 951 détenu·es.
Le nombre de matelas au sol explose et avec eux les tensions et le manque de salubrité. L’enquête révèle que dans un quartier pour femmes, un dortoir de six places accueille 12 personnes, ne laissant plus qu’un espace de 0,94 m² par personne pour se mouvoir. Même les adolescents incarcérés ne sont plus épargnés. L’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Marseille a récemment dépassé les 100 % d’occupation !
À Saintes, la maison d’arrêt suit la même tendance. L’établissement possède une capacité d’accueil de 81 places : 74 dans le quartier des hommes, 5 places dans le quartier des femmes et 2 places pour les détenu·es semi-libres. Fin décembre 2025, l’établissement affiche un taux d’occupation de 209 %. Un chiffre en constante progression. Lors de la visite du CGLPL en décembre 2022, il était de 179 %. 43 % des personnes incarcérées à la prison de Saintes disposent de moins de 1 m² d’espace libre par cellule.
Mai 2023, France Bleu publiait le témoignage édifiant d’un des surveillants de la prison saintaise. Ce dernier y détaille des conditions de travail difficilement supportables et des tensions somme toute logiques.
La promiscuité accroît les risques de conflit et de violences. Les surveillant·es, en sous-effectif chronique, décrivent un quotidien douloureux et une cocotte minute qui n’attend qu’une étincelle pour exploser.
Un accès aux soins problématique
L’accès aux soins en détention est un droit fondamental. En théorie. Parce qu’en pratique, à la prison de Saintes comme ailleurs, le manque de personnel médical est criant. Comparativement aux autres maisons d’arrêt, Saintes enregistre même une grave insuffisance de soins psychiatriques. Si un psychologue passe deux fois par semaine, le déficit médical du secteur fait que les patients ne peuvent bénéficier d’un suivi psychiatrique, alors que les besoins sont criants et parfois à la base de la sécurité de la réinsertion. Quant aux soins dentaires, ils sont inexistants. Imaginez les conséquences et la douleur d’un abcès non soigné…
Pour les soins et examens impossibles à réaliser à la prison, les détenu·es sont conduit·es hors des murs de l’établissement. On parle alors « d’extraction médicale ». Malheureusement, les extractions nécessitent un encadrement spécifique et faute d’agents en nombre suffisants, elles sont nombreuses à être annulées au dernier moment alors que les rendez-vous ont été pris des mois à l’avance.
Sans oublier que certains soignant·es refusent de prendre en charge les patient·es détenu·es sous prétexte d’une « mauvaise publicité ». Pourtant, le serment d’Hippocrate, même s’il n’a pas de valeur juridique, est censé être le socle de la déontologie médicale…Voici un extrait du texte revu par l’Ordre des médecins en 2012 : « Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. »
Recours pour conditions de détention indignes : une information difficile à trouver
Toujours d’après le rapport du CGLP, les personnes détenues à la prison de Saintes ne connaissent pas le recours pour conditions de détention indignes. Ce recours, prévu à l’article 803-8 du Code de procédure pénale n’avait, à l’époque, jamais été utilisé par les détenus malgré les conditions de détention indignes de la maison d’arrêt de Saintes.
Et pour cause… Entre un affichage partiellement recouvert près du bureau des surveillants (un lieu où les détenu·es ne se rendent jamais) et une mention peu claire et noyée dans la documentation fournie dans la pochette remise aux arrivants, l’information était sacrément difficile à trouver ! Résultat : la quasi-totalité des personnes rencontrées ignorait l’existence de ce recours.
D’après le dernier rapport d’activité de la maison d’arrêt de Saintes, l’information aux droits semble toutefois s’améliorer. Depuis septembre 2024, une dizaine de détenu·es ont bénéficié de 4 permanences « infodroits » et le Délégué du Défenseur des Droits y a assuré 12 permanences.
| Le saviez-vous ? |
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| En France, il existe différents types de prisons. 👉 Les maisons d’arrêt, comme la prison de Saintes, qui reçoivent des personnes prévenues (en attente de jugement) et des courtes peines (maximum deux ans). 👉 Les établissements pour peines qui reçoivent les condamné·es à des peines de plus de deux ans : * Les centres de détention réservés aux personnes qui ont le plus de chances de se réinsérer. * Les maisons centrales réservées aux profils « dangereux » : criminels, multi-récidivistes, liens avec le crime organisé ou le terrorisme, etc. * Les centres de semi-liberté réservés aux bénéficiaires d’un aménagement de peine. Contrairement aux maisons d’arrêt, les établissements pour peines sont soumis au numerus clausus. C’est à dire que le nombre de personnes est limité et le principe de l’encellulement individuel y est respecté. |
Des parcours de vie jalonnés de traumas et de troubles psychiatriques
En France, les prisons sont pleines de citoyen·nes en souffrance : pauvreté, enfants maltraités, exclu·es d’une société capitaliste, injuste et profondément raciste, etc.
De nombreux enfants abandonnés par la société se retrouvent un jour en prison. 50 % des enfants confiés à l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) finissent à la rue et sur les 400 000 enfants placés, 15 000 sont contraints à la prostitution et victimes de proxénètes. Le rapport de l’étude nationale sur la santé mentale en population carcérale relève que plus de 41 % de détenus et 37 % de détenues ont fait l’objet d’une mesure d’assistance éducative dans l’enfance.
Le rapport fait aussi état de la prévalence des traumatismes subis dans l’enfance. 98,2 % des participants et 99,2 % des participantes ont été exposés à au moins un traumatisme (négligence ou abus) dans l’enfance.
Les prisons sont aussi pleines de personnes souffrant de troubles psychiatriques. D’après une enquête épidémiologique menée par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) en 2004, huit hommes détenus sur dix et plus de sept femmes sur dix présentent au moins un trouble psychiatrique. 20 % des personnes incarcérées sont atteintes de troubles psychotiques dont 7,3 % de schizophrénie et 7 % de paranoïa et autres psychoses hallucinatoires chroniques.
Cette situation ne devrait aujourd’hui plus exister puisque la santé mentale avait été érigée « grande cause nationale » par Macron. Malheureusement, dès qu’une injustice est déclarée grande cause nationale, vous pouvez être sûr·es que les budgets alloués sont aussitôt réduits à néant (cf. les inégalités femmes/hommes). Macron, c’est le jumeau maléfique de Midas. Dès qu’il touche à quelque chose, c’est pour le transformer en tas de cendres.
Au lieu de prendre soin de ses citoyen·nes, l’État enfonce le clou en prison. En février 2025, le ministre de la Justice interdit les activités dites « ludiques ou provocantes », dont font partie les activités thérapeutiques. D’après l’Observatoire International des prisons, dans plusieurs lieux de détention, comme à Paris, Nîmes, Mulhouse-Lutterbach, les activités médicales organisées par les unités sanitaires sont tout simplement supprimées.
Les inégalités sociales sont aussi un fait marquant qui mène bien trop souvent vers la case prison. D’après un rapport réalisé par Emmaüs France et le Secours Catholique en 2021, près de 60 % des personnes détenues dans les prisons françaises se trouvent sous le seuil de pauvreté, contre un taux de 14 % dans la population générale.
Un système défaillant, coûteux et inutile
- « Ils l’ont bien mérité, les honnêtes gens ne se retrouvent jamais en prison ».
- « Ils sont nourris, blanchis, logés, de quoi se plaignent-ils ! »
- « Et la dignité des victimes, on en parle ? ».
Ce genre de remarques fleurissent sur les réseaux sociaux dès qu’on évoque les conditions carcérales (sauf lorsqu’on emprisonne des personnalités comme Sarkozy – à croire que la servitude aux chefs rend aveugle, jusqu’à les absoudre de tous leurs crimes).
Pourtant, ces poncifs de comptoir, bardés de certitudes et vides de faits, confondent vengeance et justice. Ils oublient une chose essentielle. La prison n’est pas un monde à part. Elle fait partie intégrante de notre société et ce qui s’y passe nous revient en pleine face.
95 % des personnes détenues sortiront de prison. Dans quel état voulons-nous qu’elles reviennent dans la société. Brisées, violentes, malades ou accompagnées, soignées et formées ?
Parce que, finalement, c’est bien ce dont il est question dans l’Article 130-1 du Code pénal :
« Afin d’assurer la protection de la société, de prévenir la commission de nouvelles infractions et de restaurer l’équilibre social, dans le respect des intérêts de la victime, la peine a pour fonctions :
- 1° De sanctionner l’auteur de l’infraction.
- 2° De favoriser son amendement, son insertion ou sa réinsertion. »
Sauf, que…
1° Sanctionner, ne signifie pas priver des droits humains
Les centres de détention sont infestés par les rongeurs et les punaises de lit. L’humidité et la moisissure envahissent les espaces de vie, les sanitaires sont insalubres et les installations électriques souvent défaillantes. À cela s’ajoute l’inactivité, le manque d’intimité, la frustration et l’absence de soins.
La France a pourtant signé des conventions internationales et européennes contre la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. Dans un État de droit, la privation de liberté ne doit pas s’accompagner d’une privation de la dignité, de soins et d’hygiène.
À ce titre, la Cour européenne des droits de l’Homme a condamné la France pour « conditions de détention dégradantes et inhumaines » à plusieurs reprises. De nombreuses institutions françaises et européennes telles que le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT), le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) ou encore l’Inspection générale de la justice (IGJ) constatent et alertent sur la hausse constante de la population carcérale.
Mais bon, nous sommes en France, et notre actuel garde des Sceaux s’octroie, lui tous les droits, surtout lorsqu’il s’agit de bafouer ceux des autres (Cf. le communiqué de presse du Syndicat de la magistrature).
| Retour sur une infox reprise par Darmanin |
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| Vous avez peut-être entendu parler de soi-disant massages prodigués à la prison de Toulouse-Seysses. L’infox qui a rapidement été relayée par les médias est très vite arrivée aux oreilles de Darmanin. Non seulement, il s’est bien gardé de rétablir les faits (il s’agissait en fait de conseils beauté), mais il en a profité pour interdire toutes activités « ludiques ou provocantes ». Terminés les ateliers de musique, danse, cuisine, jeux de société, yoga, etc. Apparemment, le ministre préfère savoir les détenu·es se morfondre ou nourrir une haine de la société (qui peut parfaitement se comprendre pour le coup…). On est loin, trèèèès loin des préconisations du Comité européen pour la prévention de la torture (CPT) pour qui « l’objectif devrait être que chaque personne détenue puisse passer une partie raisonnable de la journée, soit huit heures ou plus, hors de sa cellule, occupée à des activités motivantes et variées ». |
2° La réinsertion y est impossible et les récidives explosent
La réinsertion passe par la sociabilisation et la formation. Malheureusement, le manque de moyens, de personnel et la surpopulation carcérale réduisent considérablement les chances de s’en sortir.
Seulement 30 % des détenus travaillent en prison, et moins de 9 % peuvent suivre une formation. Résultat : seuls 16 % des détenus retrouvent un emploi dans les 12 mois suivant leur libération.
L’enseignement et la formation professionnelle sont pourtant censés être des droits. En réalité, ils relèvent du privilège. On compte en moyenne moins d’un enseignant pour plus de 130 personnes détenues.
Le constat est sans appel. Notre capacité à réhabiliter nos détenus et à les dissuader de commettre à nouveau une infraction est réduite à néant.
Pour preuve, nous avons un taux de récidive parmi les plus élevés d’Europe. 62.9 % des sortants de prison commettent un nouveau crime ou délit dans les cinq années suivant leur libération. Un échec cuisant…
Les alternatives à la prison existent et elles fonctionnent !
La société réclame des peines d’emprisonnement. Pour beaucoup, cette sanction est la seule garante de justice. Pourtant, c’est bien souvent la plus inutile et inefficace des sanctions. D’autres alternatives existent : bracelets électroniques, travaux d’intérêt général, suivi socio-judiciaire renforcé, etc.
Malheureusement, ces alternatives sont longues à mettre en place et les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) ne disposent pas de moyens suffisants pour une prise en charge immédiate et sur le temps long des condamné·es. La prison, c’est la solution de facilité et de court terme, on y enferme sans se soucier de l’avenir…
La France manque aussi de volonté politique, car il serait très facile de simplifier les procédures. Plusieurs pays voisins l’ont fait et ça fonctionne très bien. En 2023, la Finlande (53 %), la Slovénie (63,5 %) et le Danemark (68,4 %) affichent les taux d’occupation des prisons les plus bas d’Europe. L’Allemagne et l’Espagne font aussi partie du top 10 avec respectivement 81,8 % et 73,8 % de densité carcérale.
Mais l’exemple le plus parlant est bien sûr celui des Pays-Bas. En 5 ans, 23 prisons ont été fermées par manque de détenu·es ! Et nulle solution magique, juste du bon sens :
- Multiplication des centres d’enfermement à ciel ouvert où les personnes condamnées partent travailler en journée et dorment le soir en prison.
- Priorité aux sanctions financières et aux travaux d’intérêt général.
- Réduction des peines (entre zéro et trois mois), mais avec une exécution systématique et immédiate de ces dernières alors qu’en France, les condamné·es peuvent attendre jusqu’à un an avant que leur peine soit appliquée.
- Résultat : la petite et moyenne délinquance a baissé d’un tiers en dix ans…
La surpopulation carcérale n’est pas une fatalité et la prison de Saintes n’est pas une exception. Elle est un symptôme. Celui d’un État qui préfère enfermer plutôt que réparer, punir plutôt que prévenir. Et ça, à La Guillotine Saintaise, on trouve que c’est une honte pour un pays qui se revendique comme le berceau des droits humains !
