Le 14 mars, mobilisons-nous contre le fascisme, le racisme et les violences policières !

Le 14 mars, contre le fascisme, le racisme et les violences policières

À Saintes, comme dans de nombreuses villes françaises, des manifestations sont prévues le 14 mars 2026. À l’ordre du jour : une mobilisation massive contre le fascisme, le racisme et les violences policières, pour l’égalité des droits et la solidarité. L’appel a été lancé par la Marche des Solidarités et le Réseau d’Entraide Vérité et Justice, car nous assistons à une montée du fascisme sans précédent dans notre pays. Dernièrement, nous avons été témoins d’une scène surréaliste. Aujourd’hui, en France, pays des droits de l’Homme, l’Assemblée nationale a respecté une minute de silence pour la mort de Quentin Deranque, membre du groupe néofasciste des Allobroges Bourgoin. Alors que notre gouvernement et ses alliés célèbrent la violence raciste, aucun mot n’a été prononcé, aucune minute de silence n’a été respectée en France pour toutes les personnes mortes en raison de leur couleur de peau, de leur genre ou de leur orientation sexuelle. Il est grand temps de leur rendre un hommage national et c’est dans la rue qu’il doit et va se faire ! Alors le 14 mars 2026, retrouvons-nous, tous·tes ensemble, pour dire NON au racisme, au fascisme et aux violences d’État et OUI à la solidarité et à l’égalité ! ✊🏼✊✊🏾

La longue liste des meurtres racistes, privés d’hommage national

Préambule essentiel
Nous tenons à rappeler que nous dénonçons toutes formes de violence. Le militantisme ne doit jamais passer par la mort d’une personne, quelles que soient ses idées. Je tiens toutefois à rappeler la célèbre analyse de Dom Helder : 
« Il y a trois sortes de violence :
* La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
* La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
* La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

D’après les études, en France, 90 % des meurtres à caractère idéologique sont le fait de l’extrême droite et la majorité de leurs victimes n’ont pas eu le droit à une minute de silence :

  • Ismaël Aali, tué par un raciste, le 6 janvier 2026 à Loire-sur-Rhône (Rhône) : aucune minute de silence.
  • Hichem Miraoui, tué par un voisin raciste appelant sur ses réseaux à « tirer sur la population maghrébine » le 31 mai 2025 à Puget-sur-Argens (Var) : aucune minute de silence.
  • Aboubakar Cissé, tué d’une quarantaine de coups de couteau en raison de sa religion le 25 avril 2025 : Yaël Braun-Pivet finit par céder sous la pression après avoir initialement refusé d’organiser une minute de silence à l’Assemblée nationale pour honorer la victime.
  • Djamel Bendjaballah, écrasé sous les yeux de sa propre fille par un militant d’extrême droite le 31 août 2024, près de Dunkerque (Nord) : aucune minute de silence.
  • Angela Rostas, enceinte de 7 mois, tuée par balle sous les yeux de sa famille le 22 février 2024 en Haute-Savoie : aucune minute de silence.
  • Emine Kara, Aburrahman Kizil et Sirin Ayd, assassinés par un sympathisant du Rassemblement National, le 23 décembre 2022, à Paris : aucune minute de silence.
  • Éric Casado-Lopez, exécuté d’une balle dans la tête par un militant d’extrême droite à Paris le 14 mai 2022 : aucune minute de silence.
  • Federico Martín Aramburú, rugbyman argentin, tué par deux militants d’extrême-droite le 19 mars 2022, à Paris : aucune minute de silence.

Malheureusement, cette liste est loin d’être exhaustive. Souvenez-vous par exemple des assassinats d’Ibrahim Ali (tué par un militant du FN à Marseille en 1995) et de Clément Méric (tué par un membre du groupuscule néofasciste Troisième Voie en 2013 à Paris).

Mais la France ne s’illustre pas seulement par son silence face aux meurtres racistes : les assassinats de femmes et de personnes LGBTQIA+ sont eux aussi invisibilisés dans cette société gangrenée par le patriarcat et l’homophobie.

  • En 2025, 167 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint : aucune minute de silence.
  • Entre les 26 et 31 juillet 2025, 5 hommes ont été tués en raison de leur orientation sexuelle par un tueur en série homophobe : aucune minute de silence.
  • En novembre 2024, un homme de 59 ans a été assassiné en raison de son orientation sexuelle.

Une montée du fascisme, du racisme et des violences policières alarmante

Septembre 2025, Blast diffuse une excellente émission « Du racisme ordinaire aux violences policières », avec comme invitée Douce Dibondo, sociologue et auteure du livre “La charge raciale”. L’émission commence par la diffusion d’un florilège de propos racistes, proférés sans honte, par des personnes qui affichent leur haine comme une opinion ordinaire. L’effet est saisissant : ces paroles traduisent une banalisation préoccupante de discours qui, hier encore, suscitaient l’indignation générale.

La violence d’extrême droite n’est pas un phénomène nouveau

La violence d’extrême droite n’est pas récente. Elle s’inscrit dans une histoire longue, héritée des logiques coloniales, de l’esclavagisme et des hiérarchies raciales construites au fil des siècles. Dès la fin du XIXe siècle, des ligues nationalistes structurent un discours xénophobe et antisémite. Au XXe siècle, le régime de Pétain institutionnalise la collaboration et la persécution, laissant une trace durable dans l’histoire politique française.

Plus récemment, les années 1980 voient l’installation durable du Front national dans le paysage électoral et la banalisation des thèses identitaires et sécuritaires. Les « étrangers » sont désignés comme les boucs émissaires de la crise et du chômage, la rhétorique du “grand remplacement” fait son apparition et les attaques répétées contre les droits des minorités se multiplient.

Les agressions racistes, islamophobes, antisémites ou homophobes sont le produit d’un système capitaliste bien rodé. Elles se multiplient dans un climat où certains discours politiques et médiatiques entretiennent la confusion entre insécurité et immigration, entre laïcité et exclusion, entre ordre public et restriction des libertés.

Des violences policières en hausse et de moins en moins sanctionnées

Parallèlement, les violences policières explosent elles aussi. Depuis 2016, elles ont non seulement doublé, mais elles sont de moins en moins sanctionnées. D’après le rapport de l’ONG Flagrant déni, l’inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, ne traite aujourd’hui que 10 % des affaires de violences policières.

Entre 2002 et 2025, 560 personnes sont décédées au cours d’une mission des forces de l’ordre et ce chiffre va crescendo : entre 10 et 20 morts par an dans les années 2000, plus de 50 par an après 2020, jusqu’à ce funeste record de plus de 65 décès en 2024. Récemment, dans la nuit du 15 au 16 janvier 2026, El Hacen Diarra, un Mauritanien de 35 ans est décédé en garde à vue des suites des violences commises par trois policiers lors de son interpellation.

Si le meurtre de Nahel Merzouk a marqué nos esprits, combien sont passés sous silence ? Combien d’affaires ont été étouffées ou classées sans suite ? Combien de policiers n’ont pas été pris en flagrant délit ou ont tout simplement éteint leur caméra-piéton pour pouvoir assouvir leurs pulsions racistes et xénophobes ?

Alors, bien sûr, on pourrait incriminer le gouvernement actuel et les lois racistes et discriminantes de Retailleau et Nuñez. Pourtant, cette montée des violences policières est bien antérieure. Elle date du quinquennat Hollande et de la loi du 28 mars 2017 qui élargit les règles de tirs en dehors du cadre de légitime défense.

Le fascisme, grand protecteur du capitalisme

Le fascisme comme le nazisme et toute autre dictature xénophobe n’arrivent jamais par hasard. Ces doctrines prospèrent sur le terreau fertile de la peur et de la pauvreté. Fidèles servantes du capitalisme, elles pointent du doigt et accusent les plus précaires, les personnes racisées et les migrant·es d’être responsables de tous les maux de la société. Et pendant que la population concentre son désespoir sur ces faux coupables, les bourgeois continuent de s’engraisser sans vergogne.

Comme l’a montré l’histoire, le fascisme ne remet jamais en cause la propriété privée ni le pouvoir économique des plus riches : au contraire, il les protège, en écrasant les syndicats, les mouvements sociaux, les associations antiracistes et féministes, tout ce qui pourrait contester l’ordre établi. En France, l’exemple le plus explicite est le régime de Pétain, qui, dès 1940, démantèle les conquêtes sociales du Front Populaire, interdit les syndicats libres et remet en cause les conventions collectives, annihilant ainsi tous les droits des travailleur·euses au profit du patronat.

Umberto Eco, célèbre philosophe italien, différencie le fascisme historique, qui est un régime bien daté, du fascisme éternel qui est une sorte de matrice que l’on peut retrouver dans un contexte contemporain, parfois même sous des habits “démocratiques”. Pour lui, le fascisme se reconnaît à un ensemble de traits : culte de la force, obsession de l’ennemi intérieur, rejet de la diversité, peur de la différence, nationalisme exacerbé et confusion permanente entre sécurité et autoritarisme. 

Signaux d'alarme du fascisme selon Umberto Eco

Johann Chapoutot, professeur d’histoire, spécialiste du nazisme, définit le fascisme comme une entreprise politique réactionnaire qui mobilise la violence, l’embrigadement de masse et un imaginaire de guerre pour détruire les mouvements ouvriers, socialistes et démocratiques, au profit des classes possédantes.

Aujourd’hui, en France, nous assistons à une fascisation du pouvoir : impunité croissante des violences policières, répression des mouvements sociaux pour protéger les intérêts capitalistes comme à Sainte Soline, oppression des droits des minorités, stigmatisation des immigré·es, restriction de la liberté d’expression, rhétorique sécuritaire et raciste dans les médias et au Parlement, etc.

Une candidate divers droite aux élections municipales de Marseille a même osé reprendre le slogan pétainiste : “Travail, famille, patrie”. Choquant…

Enfin , si vous doutez encore, Clément Viktorovitch a publié un tuto très bien fait pour nous aider à reconnaître le fascisme, même quand il a mis une cravate ! 

Que faire contre le fascisme, le racisme et les violences policières ?

Face à cette situation, il est tout à fait légitime de se sentir désabusé·es et impuissant·es. Pourtant, plusieurs actions peuvent être mises en place, aussi bien à l’échelle locale que nationale.

Se mobiliser le 14 mars et pour toutes les manifestations dédiées aux droits et aux libertés

Le 14 mars 2026 est bien sûr une occasion unique pour se mobiliser contre le fascisme, le racisme et les violences policières. Participer à cette journée, c’est affirmer haut et fort notre refus des discriminations et des violences.

Mais ce n’est pas la seule occasion de revendiquer nos droits et nos libertés.

  • Le 8 mars pour la journée internationale des luttes des droits des femmes. À Saintes, rendez-vous le samedi 7 mars, 10h30 au palais de justice pour une manifestation organisée par le Collectif féministe saintais.
  • Le 1er mai, pour la journée dédiée aux revendications salariales et syndicales.
  • Lors des différentes marches des fiertés organisées partout en France pour lutter contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. À Saintes, la marche est organisée par Fiertés Saintaises. Elle est programmée le 13 juin 2026.

Ne rien laisser passer

La banalisation se nourrit aussi du silence et de l’inaction. Nous avons encore, toutes et tous, le pouvoir d’agir sur certains leviers. Vous pouvez par exemple :

  • Dénoncer systématiquement les propos racistes ou sexistes sur les réseaux sociaux.
  • Signaler les violences et soutenir les victimes.
  • Arracher les affiches racistes (jamais seul·e et toujours avec prudence. Ne vous mettez jamais en danger !).

Promouvoir les médias indépendants qui luttent contre le fascisme, le racisme et les violences policières

L’accès à une information libre et indépendante, qui propose des analyses objectives et des enquêtes étayées par des faits concrets et sourcés, est essentiel pour développer son esprit critique.

Malheureusement, nous vivons une époque où des médias classés à droite ou à l’extrême droite comme Europe 1, Cnews ou Le Journal du Dimanche (Bolloré), Marianne (Kretinsky) ou encore Valeurs Actuelles (Stérin) envahissent l’espace médiatique.

Pour contrer cette invasion, incitez votre famille, vos ami·es, vos voisin·es à s’informer autrement, avec des médias indépendants comme Blast, Frustration Magazine, Médiapart, Basta!, StreetPress, etc. Sans oublier La Guillotine Saintaise !

Créer un réseau de résistance citoyenne dans votre ville

Enfin, une excellente façon de résister au niveau local est de créer un réseau de résistance citoyenne (RRC). À Saintes, le RRC existe depuis juillet 2024, suite aux élections européennes et au risque d’assister à une victoire de l’extrême droite aux législatives. Bon, vous me direz, avec des Darmanin, Retailleau ou Nuñez, on y est quand même !

Depuis la création du RRC, plusieurs initiatives ont vu le jour. On a créé un groupe Facebook « Saintes LE groupe », un compte Instagram « Les aigrettes du 17 », un média local « La Guillotine Saintaise ». Nous organisons régulièrement des ateliers de jeux de rôle et des actions de collage. Une journée « Défense » avec le matin des cours d’auto-défense et l’après-midi un enseignement sur nos droits (en garde à vue, face aux violences policières, etc.) est aussi en cours d’organisation.

Bref, nous débordons d’idées pour contrer l’expansion de l’extrême droite dans notre secteur ! Et si vous aussi vous souhaitez lutter contre le fascisme, le racisme et les violences policières,nous avons même rédigé un mode d’emploi pour vous aider à créer votre propre réseau de résistance citoyenne !