À Pons, en Charente-Maritime, la machine capitaliste à broyer de l’humain est en pleine action. Malgré des bénéfices records ces dernières années, le groupe Roullier a décrété la fermeture de l’entreprise “Maison Colibri”, pourtant rentable. Face à ces aberrations inhumaines, la CGT et les salarié-es se mobilisent. Pour les aider dans ce combat et leur donner de la visibilité, la Guillotine Saintaise laisse aujourd’hui la parole à une syndicaliste Cgtiste.
Une entreprise rentable menacée de fermeture
Depuis plusieurs mois, les salarié·es de Maison Colibri alertent sur l’avenir du site de Pons. L’entreprise est rentable. Le groupe auquel elle appartient l’est aussi. Pourtant, un projet de fermeture est annoncé.
En 2022 déjà, les salarié·es avaient consenti des sacrifices importants : une baisse de rémunération pendant plus de dix-huit mois. L’objectif était clair : préserver l’activité et les emplois. Ces concessions n’ont pas empêché la remise en cause du site.
Il faut rappeler un fait majeur : le moment où il a été demandé aux salarié·es de sacrifier une partie de leur rémunération coïncide avec un record du chiffre d’affaires du groupe Roullier. Plus de 4 milliards d’euros. Un contraste brutal. Une illustration concrète du déséquilibre entre capital et travail.
Qui est le groupe Roullier ?

Le groupe Roullier est un groupe industriel privé français, présent à l’international. Il est détenu par la famille Roullier, dont le dirigeant figure parmi les plus grandes fortunes de France.
Le groupe affiche un chiffre d’affaires de plusieurs milliards d’euros. En 2022, il a dépassé les 4 milliards d’euros, un niveau record.
Maison Colibri appartient à la branche agroalimentaire du groupe (Paticeo). Malgré cette solidité financière, le choix a été fait de sacrifier le site de Pons et ses emplois.
Pour les salarié·es et la CGT, cette situation illustre une réalité de lutte de classes bien concrète : pendant que les richesses se concentrent au sommet, ce sont les travailleur·euses qui paient le prix des décisions prises loin du terrain.
La colère s’organise, la lutte sort de l’usine

Face à cette situation, la colère monte. Les salarié·es s’organisent. Avec l’appui de la CGT, la lutte sort de l’usine : tractages, mobilisations locales, interpellation des institutions. Le conflit devient visible.
Mardi 9 décembre, les salarié·es de Maison Colibri entament un mouvement de grève devant l’usine de Pons. Une grève qui s’inscrit dans une lutte de classes assumée, face à un groupe industriel puissant détenu par la famille Roullier, l’une des grandes fortunes françaises.
Le même jour, le député Fabrice Barusseau interpelle le gouvernement à l’Assemblée nationale, dénonçant une stratégie de sous-investissement et des arbitrages financiers défavorables aux salarié·es. Cependant, son intervention ne mentionne jamais la CGT, pourtant au cœur de la mobilisation. Ce qui interroge sur la volonté de construire une action politique coordonnée et efficace.
Sous-investissement ou investissements détournés ?
Dans de nombreux groupes industriels, la stratégie de sous-investissement consiste à laisser volontairement un site se dégrader. À Maison Colibri, la mécanique est plus perverse.
Des investissements ont bien été réalisés, notamment avec l’achat de machines de production de coques de chocolat. Mais ces investissements n’ont pas été accompagnés de formation des salarié·es, ni d’un réel projet industriel pour le site de Pons.
Ces machines n’ont jamais permis de développer durablement l’activité. Pire : elles vont ensuite être retirées du site. Cette stratégie relève d’investissements détournés, décidés sans vision à long terme, servant davantage des arbitrages internes au groupe que l’avenir du site.
Ce type de pratique permet ensuite de présenter le site comme non viable, alors même que les choix ayant conduit à cette situation ont été imposés d’en haut. Une nouvelle illustration d’une lutte de classes où les décisions stratégiques échappent à celles et ceux qui produisent la richesse.
Une réponse gouvernementale hors-sol
La réponse du ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, renforce le malaise. Il dit regretter la décision du groupe Roullier / Paticeo. Il reconnaît également que le groupe gagne de l’argent et affirme que le traitement social devra être « exemplaire ».
Mais son analyse des causes de la fermeture est jugée hors-sol. Il invoque un prétendu désintérêt des consommateur·rices, le « fait maison » et la montée des marques de distributeurs.
Pour la CGT et les salarié·es, l’argumentation est lunaire : après les arbitrages financiers et les choix industriels, faudrait-il désormais accuser les robots de cuisine d’être responsables de la casse sociale ?
Pendant le Covid, la réalité était tout autre. La population locale a massivement acheté les produits Maison Colibri. La production a suivi. L’attachement au site de Pons était réel. La fermeture ne s’explique pas par la consommation. Elle résulte de choix industriels et financiers assumés.
Sans mobilisation, le dossier serait resté invisible
Pour la CGT, une chose est claire : sans mobilisation collective, sans grève, sans syndicalisme combatif, le dossier serait resté invisible. S’il est aujourd’hui évoqué à l’Assemblée nationale, c’est parce que les salarié·es ont imposé le sujet par la lutte.
Le 10 décembre 2025, le Conseil municipal de Pons adopte à l’unanimité une motion de soutien aux salarié·es et au maintien de la production de madeleines sur la commune.
La motion dénonce le double discours du groupe Paticeo/Roullier et demande de renoncer au démantèlement ou de vendre le site avec ses actifs et la marque. Elle n’exige pas explicitement le retrait du projet de fermeture.
Pour les salarié·es, l’enjeu n’est pas la recherche d’un hypothétique repreneur, mais le maintien pur et simple de l’activité. Cette usine, les salarié·es l’ont faite vivre pendant plus d’un siècle. Iels l’ont payée par leur travail et leur exploitation. La légitimité à décider de son avenir ne peut appartenir uniquement à un groupe milliardaire.
Un appel au soutien concret
Aujourd’hui, les salarié·es ont besoin de soutien moral, politique et matériel. Une caisse de solidarité existe via la plateforme Leetchi. Elle permet aux grévistes de tenir dans la durée.
Chaque contribution compte :
👉https://www.leetchi.com/fr/c/sauvonsmaisoncolibri-1940925
Récap chronologique d’une lutte sociale
- 31 août 2020 : le groupe Roullier renforce son pôle agroalimentaire en rachetant Maison Colibri via sa filiale Pâtisseries Gourmandes.
- Septembre 2020 : le groupe Roullier rachète également Alysse Food, entreprise belge de pâtisserie industrielle basée à Seneffe.
- 2021–2023 : Investissements sans formation salariale ni projet à long terme.
- 2022 : les salarié·es de Maison Colibri acceptent une baisse de rémunération pendant plus de dix-huit mois pour préserver l’activité et l’emploi sur le site de Pons.
- 2022 : au même moment, le groupe Roullier enregistre un chiffre d’affaires record dépassant les 4 milliards d’euros.
- Début 2024 : annonce officielle d’un projet de fermeture du site Maison Colibri de Pons, malgré une entreprise rentable et un groupe bénéficiaire.
- Jeudi 13 novembre 2025 : à l’initiative de l’Union locale CGT de Saintes, une réunion publique se tient à Pons et réunit près d’une centaine de personnes.
- Mardi 18 novembre 2025 : les salarié.e.s se mobilisent : tractages, distributions de madeleines et prises de parole publiques.
- 9 décembre 2025 : début du mouvement de grève devant l’usine de Pons. Le rapport de force s’installe. Le même jour, le dossier est porté à l’Assemblée nationale.
- 10 décembre 2025 :Adoption d’une motion de soutien par le Conseil municipal de Pons.
- 11 décembre 2025 : nouvelle journée de grève à Maison Colibri.
- 12 décembre 2025 : suspension temporaire du mouvement. Des avancées sont obtenues en cas de mise en place d’un Plan de sauvegarde de l’emploi.
- 19 décembre 2025 : arrêt de la production pour quinze jours. La première phase de discussions prend fin. L’administration dispose d’un délai allant jusqu’au 9 janvier pour examiner le dossier.
L’exemple belge : quand la lutte permet d’arracher des garanties
L’exemple d’Alysse Food, filiale belge du groupe Roullier, montre une chose essentielle : sans mobilisation, il n’y a pas de garanties pour les salarié·es.
À Seneffe, après plusieurs semaines de grève et un front syndical uni, les travailleur·euses ont obtenu un accord. Certes, 92 emplois ont été supprimés. Mais un plan social a encadré les licenciements : reconnaissance des anciennetés réelles, garanties extra-légales, maintien de la représentation syndicale et accompagnement des salarié·es concerné·es.
Ces avancées n’étaient pas prévues initialement. Elles ont été arrachées par la lutte, par la grève, par le rapport de force.
Les salarié·es de Maison Colibri ne négocient pas leur disparition. Ils et elles se battent pour le maintien de la production à Pons. Fermer une usine rentable, c’est un choix politique, un choix qui sacrifie 68 emplois, un savoir-faire centenaire et un territoire au profit d’un groupe milliardaire.
Cette lutte n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans la même logique que celle de toutes celles et ceux qui manifestent, qui refusent les reculs sociaux, qui se battent contre l’exploitation et pour la justice sociale. À Pons, c’est un front de la lutte de classes qui est ouvert.
Soutenir la Maison Colibri, c’est choisir son camp. Venir sur le site, relayer la mobilisation, participer aux actions, alimenter la caisse de grève : c’est ainsi que se construit le rapport de force. Tant qu’il y aura de la mobilisation, la fermeture ne sera pas actée. Rien n’est joué !
La Guillotine Saintaise vous invite à vous mobiliser pour les salari-és de Maison Colibri et vous partage d’autres luttes en cours dans la région :
