Sur fond du procès en appel de 4 militants anti-bassines à Poitiers et de l’exaspération des agriculteurs à travers le territoire national, les calendriers militants alimentent les débats. Et malgré eux, ils illustrent les fossés qui se creusent entre les citoyens. Faille dans laquelle l’individualisme se niche pour survivre dans un monde en crise. Ensemble et désunis est un constat, mais aussi et surtout un appel à l’union !
Ensemble et désunis : le contexte
La réunion publique, « la Boutonne, ses affluents : des bassines pour quel équilibre ? » du 27 janvier dernier organisée par SOS Rivières & Environnement à Saint Jean d’Angely a offert un spectacle acéré de notre société. L’objectif était pourtant affiché : informer, débattre et construire. Malheureusement, dès les premières minutes, cette ambition a volé en éclats. Nous étions bien ensemble et désunis.
Pour planter le décor extérieur : un dispositif policier surréaliste attestait de la volonté des autorités d’étouffer toutes contradictions, quand, dans la salle Aliénor d’Aquitaine bondée, se jouait un spectacle pesant et crispé. Malgré les règles de savoir vivre proclamées par l’organisateur, ce fût un échec total.
Une réunion sous haute tension
Face aux membres du collectif, quelques curieux, des spectateurs acquis à leur cause et surtout de nombreux agriculteurs résolus à faire entendre leur voix. Leur présence, inattendue semble-t-il, encourage alors les invectives réciproques.
Et c’est à coup de rappels de querelles historiques que les 2 parties s’affrontent. Quelques initiatives sporadiques de discours modérés tentent – en vain- d’initier un embryon de discussion. Au final, bien plus vite que le débat, seule l’aiguille de la montre avançait.
Sous nos yeux, la caricature d’une société qui ne sait plus débattre, dans laquelle les individus ne peuvent plus que se battre. Un monde où l’autre a toujours tort. Une preuve irréfutable que l’objectif du gouvernement est atteint. «C’est notre projet !» s’égosillait Macron en 2017. Et bien oui, nous sommes désunis, c’est acté.
Un affrontement primaire entre les contraintes économiques imposées par un mercantilisme insensé et l’utopie d’un monde qui respecte le vivant. Pourtant nous étions ensemble, réunis en un lieu unique, où nous aurions pu faire société. Mais, leurrés par un ennemi commun, la colère s’est détournée de sa cible.
Ensemble et désunis parce que nous nous trompons d’adversaire
Car, oui je l’affirme, ce jour-là, encore une fois nous nous sommes trompés d’adversaire. Parce que notre adversaire n’est pas l’autre – l’agriculteur·ice ou le militant·e écologiste, mais bien cette Europe capitaliste.
- Celle-là même qui distribue des directives européennes. Qui engendre des cris de colère rageuse ; de ceux qui ne vivent plus de leur travail, de ceux qui, aveuglés par un appât du gain salvateur, sont prêts à accepter toutes les solutions.
- Cette Europe capitaliste qui refuse d’entendre les trajectoires de bon sens de ceux – plus modérés- qui préconisent la restauration d’ouvrages anciens instaurant un compromis qui semblerait concret et acceptable pour une majorité.
- Celle-là même qui s’obstine à opposer et diviser ceux qui appellent à recouvrer une forme d’entendement. Une réunion citoyenne cauchemardesque, symbole du paradigme de servitude dans lequel on nous enferme. Où l’intolérance n’a d’égale que l’incompréhension.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Notre croyance en un Homme providentiel qui décide de tout nous a simplement fait oublier que la solution, le Héros, c’est nous. Alors j’implore les 70 millions de procureurs aux abois que nous sommes de se transformer en incubateurs de solutions concrètes, faisant feu de tout bois. Pour que cesse ce volontarisme puissant qui nous assomme, j’exhorte la richesse de notre diversité à se regrouper.
N’est-il pas venu le temps où le compromis, les concessions, imprégnés de volonté de réconciliation l’emportent, pour interdire aux égos qu’ils nous ensevelissent. Plutôt que de nous jeter des œufs, lançons-nous des idées constructives et adoptons le soin militant.
