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En attendant Mai 2027

En attendant Mai 2027

L’été est incontestablement terminé. Octobre, vient de passer en coup d’vent. Une autre année où on n’a pas pris le temps de voir l’automne s’effeuiller tranquillement. Seulement, cette année, c’est différent. On partage toutes et tous une sensation commune : celle d’être dans une énorme salle d’attente à patienter parmi les revues périmées. Il a les radios, les analyses, les chiffres. On ne sait pas trop ce qu’il en est des résultats. Et nous, on attend plus ou moins patiemment cette date fatidique : Mai 2027, en se demandant ce qu’on va bien pouvoir faire en attendant…

On regardera les chiffres

D’abord, en attendant Mai 2027, on regardera les chiffres, les courbes qui se croisent et les sondages qui se contredisent. On se sentira parfois seul·e en famille. On se sentira parfois seul·e au travail. On s’engueulera. Alors, pour calmer l’angoisse du temps qui passe on nous fera parler du temps qu’il fait. Les cours d’eau déborderont de nouveau. Ce sera comme l’année précédente et comme l’année suivante. On s’étonnera encore de la catastrophe en cours. Ce sera plus haut, moins haut, plus grave, moins grave. On se demandera “qui aurait pu prédire”. Quelques mois après, on s’étonnera des températures. On nous dira que c’est normal, que ce sera le printemps. On nous parlera encore de 1976. Ce sera plus chaud, moins chaud, plus grave, moins grave. Tout sera écrit d’avance.

On n’attendra plus les ordres

1789 le retour, en attendant mai 2027
1789 le retour, en attendant Mai 2027

Soudainement, en attendant Mai 2027, on n’attendra plus les ordres, les règles, les défilés bien rangés. On aura compris que leur autorité est inexistante. Beaucoup d’entre nous saisiront cette insurrection légère, joyeuse et polie. En face, ils auront peur. Ils tenteront de nous intimider et nous attrister.

On se rappellera alors les mots du Comité invisible. On félicitera cette « génération, sans distinction de provenance ni de classe, prendre les rues et les places des centres-villes simplement parce qu’ils se sauront promis au même destin de prolétarisation ».

On vous regardera vous apitoyer sur ces petits commerçants. Cela ne trompera plus personne. On reprendra cette chanson et on « rigolera un peu, le temps qu’il nous reste ; on s’excusera du peu d’humour qu’il nous reste ».

On ne sera pas d’accord

Dès lors, en attendant Mai 2027, on ne sera pas toutes et tous d’accord. On s’écharpera sur les modalités d’action ou sur les manières de faire. Pour autant, on sera globalement toutes et tous d’accord sur pourquoi il faut le faire. Alors, on se jugera, on s’épiera, on se critiquera les un·es les autres. Ce sera théoriquement intéressant. Ce sera concrètement fatigant.

On s’offusquera pour un mot mal dit, un point médian mal placé, un terme jugé « problématique ». On performera. On sera parfois démuni·es. Alors quand on ne saura plus quoi faire pour agir sur les causes on se tournera les un·es contre les autres. Pour sûr que ça nous donnera, le temps d’un instant, l’impression d’avoir une prise sur le réel. 

Ce sera très efficace à très court terme. Ce ne sera pas très utile sur le long terme. On aura raison oui mais tous·tes seul·es, et dans nos coins. On aura gagné au jeu de celui ou celle qui « pisse le plus rouge ». 

En attendant Mai 2027, on se serrera les coudes

Cela étant, on se serrera les coudes aussi. Surtout qu’on n’aura plus vraiment le choix. Ce sera compliqué, alors on essaiera d’expliquer ce pourquoi on se bat à commencer par celles et ceux qui nous entourent. On ratera. Ce sera difficile. Mais, à l’instar d’un roi Arthur déprimé, faudra pas venir nous dire « qu’on n’a rien foutu parce que ce ne sera pas vrai ». On aura essayé.

On relira ce passage des Misérables car on saura « tenter, braver, persister, persévérer ». On ira « étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait ». On ira « tantôt affronter la puissance injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête ». On sera fidèle à nous-même. Et si, plus tard, les gens voudront connaître nos Histoires, c’est celles-ci qui vaudront vraiment la peine d’être racontées.

On se demandera que faire

Se révolter en attendant Mai 2027

Finalement, en attendant Mai 2027, on se demandera : « que faire ? ». La question de toujours. Eh bien, on pourra peut-être commencer par faire la vaisselle. On écoutera les mots de ce Youtubeur en se disant que oui, la vaisselle, ce sera vraisemblablement quelque chose que la plupart des gens pourront faire. Car, « autour de nous, il y aura plein d’endroits où faire la vaisselle : des assos, des organisations, des lieux, des collectifs, des évènements, des festivals, des rencontres, des formations, des concerts, des syndicats, des comités de quartier, des clubs de sport, des mobilisations, … ». 

On pourra aller voir autour de soi. Et pourquoi pas créer un RRC (Réseau de Résistance Citoyenne). Si on ne sait pas quoi y faire, « ce sera à peu près sûr qu’il y sera utile que quelqu’un·e y fasse la vaisselle. Ce ne sera pas grand-chose. Mais ce sera quelque chose qu’on pourra faire là, tout de suite », à la fin de la lecture de cet article. On ne sera pas seul·e et on pourra recréer du collectif.