Pourquoi une ligne rouge ? Depuis 2023, la ligne verte permet aux touristes de « faire découvrir les principaux atouts de la ville Saintes ». Parce que nous ne sommes pas à un manque d’originalité près, promeneuses et promeneurs pourront découvrir « les hauts lieux touristiques : l’Arc de Germanicus, l’Abbaye aux Dames, la Basilique Saint-Eutrope, la Cathédrale Saint-Pierre et, bien sûr, les Arènes gallo-romaines ». En partenariat avec Saintes Grandes Rives, l’Agglo, ce tracé parachève une certaine mise en musée de la ville et la fige encore un peu plus dans son passé. La majorité des lieux à visiter sont religieux et pour certains payants. Saintes dans du formol ? Oui, on en parlait d’ailleurs déjà dans notre article sur les logos de Saintes. Surtout que rien ne bouge. Surtout et par-dessus tout, que la ville reste parmi les 20 villes où il fait bon vieillir comme nous l’affirmait Le Parisien en 2022.
Franchissons la ligne rouge
Alors, que faire ? Sommes-nous condamné·es à tourner en rond indéfiniment en suivant cette ligne verte à chaque fois que l’on invite des ami.e.s ou de la famille ? Seul le sacro-saint Arc de Germanicus mériterait le détour ? Non. En réalité, quiconque habite cette ville peut ressentir une certaine contradiction entre la communication officielle douce et tranquille des municipalités et la vitalité et richesse du tissu associatif local. Une autre Saintes existe, qui s’ignore parfois. Un archipel d’une myriade d’initiatives qui fait qu’ici, même dans une sous-préfecture, on a souvent l’impression d’aller dans le bon sens. Aussi, contrairement à la ligne verte qui ne sort pas des sentiers battus, nous vous proposons de suivre et même de franchir la ligne rouge.
D’abord la rive droite, loin des rues piétonnes
Notre petit périple des hauts-lieux de Saintes est non-exhaustif. En effet, certains ont disparu, d’autres sont apparus, d’autres restent encore trop méconnus. Pas de panique. Si vous souhaitez compléter notre ligne rouge, partagez-nous vos infos (en commentaire sur nos réseaux sociaux ou par mail : guillotinemedia@proton.me .
Notre balade commence rive droite, aux confins de la ville, derrière la gare, loin des rues piétonnes. Rue du Cormier, c’est ici que l’on peut retrouver de nombreux collectifs, comme Fleur de SEL, le Système d’Échange Local de Saintes, un réseau d’échanges de services et de savoirs entre habitants sans contrepartie financière. C’est ici aussi que se trouve la boîte pour contacter les Cop Agora, collectif qui souhaite créer « un lieu de vie convivial, festif et créatif, partagé entre plusieurs foyers intergénérationnels et multiculturels ». On y trouve par ailleurs une antenne locale de Nature Environnement 17 qui se donne pour mission « d’étudier et de conserver la faune et la flore du département ».
En descendant la rue du Cormier, on tombe sur l’association Belle Rive qui œuvre pour « favoriser le lien social, la solidarité, promouvoir l’éducation, la culture, en accompagnant les habitants à pouvoir agir sur eux-mêmes et sur leur environnement ». Il faut remonter toute la rue de Lormont pour arriver à l’improbable Silo. Haut-lieu de la scène alternative saintaise, le site a accueilli le nouvel an révolutionnaire en janvier 2026 mais aussi les deux éditions de la Pride de Saintes. C’est là que s’est installée la toute nouvelle ressourcerie MétamorphOse. Cette association souhaite « Réduire notre impact environnemental, réutiliser nos ressources matérielles et réinventer notre manière de faire ensemble ».
Continuons la ligne rouge aux alentours de l’arc de Germanicus
En descendant la rue de Taillebourg, on emprunte le boulevard Guillet Maillet, on se rapproche du centre-ville. Au 18 se trouve le Centre d’Information du Droit des Femmes. Leur mission : accueillir, informer et accompagner les femmes et les familles. C’est à la même adresse que se situent Les Enchanteuses, qui s’engagent à « accompagner les personnes atteintes de maladies chroniques, de cancer et les seniors, pour les aider à mieux vivre au quotidien ».
À quelques mètres, dans le virage, on passe devant la Mca Episol. MCA, c’est pour « Maison des Consom’Acteurs ». Cette épicerie locale et solidaire accompagne près de 1 300 personnes. Elle récupère les invendus des grandes surfaces afin de les redistribuer.
Après cela, on peut passer la Charente et suivre le Cours National où l’on peut faire un arrêt à la librairie Peiro Caillaud qui propose régulièrement des rencontres donnant du grain à moudre. Avec un nouveau livre en poche, on peut alors se diriger vers la rue Louis Sercan. Ici se trouve la Bourse du Travail hébergeant notamment la CGT et SUD Education. Ce bâtiment est un lieu historique. Pourtant, comme il est rappelé dans cette pétition, ce symbole de solidarité est menacé par la municipalité qui préfère le laisser se dégrader pour quelques économies dérisoires.
À quelques minutes à vélo, on arrive sur la rue Port Larousselle. Le vélo, c’est d’ailleurs ce que promeut l’association Saintes à vélo. Comme indiqué sur leur site : « étonnés par la rareté et la dispersion des aménagements vélos, de nombreux saintais, ont vu en (cette) association un relais de leurs attentes auprès des pouvoirs publics ». C’est donc à vélo qu’on vous propose de poursuivre notre ligne rouge pour rejoindre la place du Maréchal Foch. Enfin, plutôt la « place du Palais de Justice ». Haut-lieu des mobilisations saintaises, c’est ici aussi qu’a lieu un rassemblement régulier en faveur de la paix à Gaza. Le palais de Justice fait face au théâtre le Gallia, qui propose une programmation de cinéma plus que qualitative au regard de la taille de la ville.
Ce qu’éclipse l’amphithéâtre
Alors, oui, on va se permettre un écart en suivant la ligne verte car il faut qu’on atteigne l’amphithéâtre en passant par le site Saint-Louis. Friche de l’ancien centre hospitalier, dont certains bâtiments sont classés, il risque d’être largement privatisé par des promoteurs immobiliers, privant les saintais d’un espace vert et d’un point de vue unique sur la ville. Qui sait ce qu’il deviendra dans trente ans, en 2056 ? Quelque chose à nous ? Quelque chose qui nous appartient ? Quelque chose qui nous ressemble un peu plus ?
Il faut traverser le cours Reverseaux et emprunter les rues Saint-Marcoult et Bourignon pour arriver à l’amphithéâtre. C’est sur ce lieu historique que l’association Douze fois par an a exposé une fresque géante sur le thème « rendre visible l’invisible ». Cette association se donne pour mission « d’accompagner à mieux vivre sa santé féminine et à retrouver son pouvoir d’action ».
En face de l’amphithéâtre des voisin.e.s se sont installé.e.s : c’est la Boussole Saintaise ; un café associatif citoyen et militant. Ce tout nouveau lieu a déjà organisé des évènements très réussis comme une conférence avec Fleur Breteau, fondatrice du collectif Cancer Colère. Le lieu accueille par ailleurs régulièrement des associations et collectifs comme le Réseau de Résistance Citoyenne, le Collectif Féministe, ainsi que l’antenne locale Cancer Colère 17.
Un ligne rouge qui vous mène loin du centre et du « patrimoine »
On peut redescendre vers le sud-ouest en traversant l’avenue de Saintonge – Paul Josse. Loin du patrimoine mis en lumière par la commune, ce quartier de la ville offre une vie associative importante, à l’instar de l’association Boiffiers-Bellevue. Sur leur site on peut lire que l’association : « est à l’écoute des habitants, de leurs préoccupations et de leurs désirs de construire ensemble des actions répondant à leurs besoins (…) porteuse d’un projet solidaire qui traduit la volonté d’agir de la population à l’échelle locale (…) accessible à chacun, qu’il soit du quartier, de la ville ou au-delà, sans distinction d’âge ».
En traversant l’avenue John Fitzgerald Kennedy, on peut aller encourager une friperie engagée : la Bretelle. C’est l’association Eréqua’Sol qui porte cette action car elle répond au projet associatif d’une régie de quartier. Elle souhaite, en outre, « développer des services de proximité à destination des habitants de l’ensemble de l’agglomération » et « retisser du lien social entre habitants ».
Ce qui se cache derrière l’abbaye
Notre ligne rouge se poursuit en longeant la Charente, où l’on tombe sur l’avenue de Saintonge, surplombant la Palu. On se rend doucement mais sûrement aux alentours de l’abbaye, en empruntant le cours Charles de Gaulle et la rue Geoffroy Martel. Là, on tombe sur un grand bâtiment : la Maison de la Solidarité. De nombreuses associations y sont hébergées comme la Croix Rouge ou le Secours Populaire Français. S’y ajoute TERDEV. Cette association « accompagne depuis 15 ans l’ensemble de la société (enfants, jeunes, adultes, professionnels, structures, élus,…) dans sa transition écologique et solidaire. »
On peut aussi y rencontrer les Petits Débrouillards, une association qui « participe du renouveau permanent de l’éducation populaire. Par une éducation aux démarches scientifiques, expérimentales et raisonnées, elle contribue à développer l’esprit critique et à élargir les capacités d’initiatives de chacune et chacun. ».. Il y a aussi des collectifs non permanents comme le CAE pour Comité Anti Expulsion, « collectif regroupant associations, syndicats, partis politiques et individuels, qui s’est fixé pour but la défense du droit des étrangers séjournant sur le territoire ».
De la Maison de la Solidarité, on remonte aisément vers le haras national en traversant un quartier marqué par le train. D’abord via une autre maison, celle des « Cheminots ». Mais aussi via le lieu-dit de la locomotive. Si l’on continue par l’avenue Jules Dufaure, notre ligne rouge revient au point de départ : à la rue du Cormier.
La boucle de notre ligne rouge est bouclée
Voilà. La boucle est bouclée. C’est la fin de ce petit détour volontairement partiel et partial. Cette « ligne rouge » n’est qu’un aperçu de ce que Saintes peut offrir comme collectifs, associations ou comités. Les lieux sont nombreux et forcément éclipsés par les mastodontes historiques que sont l’arc, l’abbaye ou l’amphithéâtre.
La liste est surtout incomplète. Un travail de référencement exhaustif nécessiterait des heures de travail. Il s’agirait alors d’unifier en réseau tout un archipel de lieux qui parfois s’ignorent ou ont du mal à faire connaissance et travailler ensemble. Des collectifs naissent, vivent puis meurent. Et finalement, si la mairie nous affirme que « Le bonheur c’est si Saintes », on ne nous enlèvera pas de l’esprit que ce sont d’abord ces lieux et ces militant.e.s aux « idées tranchées » qui le permettent.





